Braki wou Bikher: Hassan Douiri

« J’ai entamé mon voyage dans un monde incroyable ».

De Tétouan aux grandes scènes d’ici ou d’ailleurs, Hassan Diouri, B-Boy et Conseiller technique régional, fait du Breaking un art de vivre et un moteur de transformation.

Pour lui, le Breaking dépasse la scène et le spectacle, c’est un moyen d’expression, un acte d’équilibre entre corps et esprit. À travers son parcours et son engagement, Hassan Diouri œuvre à transmettre cette réflexion aux jeunes, pour faire du mouvement une véritable force d’élévation. Confessions !

Que représente le Breaking pour toi ?

Il ne s’agit pas juste d’une danse, c’est une philosophie, un art sportif complet qui aiguise la concentration et donne les outils nécessaires au maintien d’un équilibre physique et mental. C’est un pont qui me permet de communiquer avec les autres et de découvrir de nouvelles cultures.

Comment y as-tu été initié ?

Ça a commencé en 2004. Alors que je marchais dans une rue de Tétouan, j’ai remarqué un groupe de jeunes qui faisaient du Breaking avec énergie et vitalité. J’ai été impressionné par leur capacité à défier la gravité. Je les ai rejoints et à ce moment-là j’ai entamé mon voyage dans un monde incroyable.

Quel est ton style ?

Je dirais un harmonieux mélange de force et de flexibilité. Je combine les power moves qui nécessitent une grande énergie physique aux mouvements de Lotus qui, eux, exigent de la souplesse. Cette combinaison est ce qui donne à ma danse sa particularité.

Quels sont tes plus beaux souvenirs en tant que B-Boy ?

Ma mémoire est pleine de moments inoubliables, tous chargés en émotion. L’un des plus marquants est la participation avec mon crew à une compétition à Meknès en 2013. Mais mon souvenir le plus excitant était celui des qualifications africaines pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Même si je faisais partie de l’organisation, j’ai vécu chaque instant de la compétition avec le cœur d’un supporter. Ma fierté fut indescriptible lorsque le Maroc a remporté la première place. Le rêve d’une génération entière !

Comment as-tu assimilé les techniques les plus complexes ?

Apprendre le Breaking avant n’était pas chose aisée. Nous nous entrainions dans les rues ou les maisons de jeunes. Nous voyagions entre les villes pour participer à des compétitions ou nous regardions les rares vidéos disponibles souvent de mauvaise qualité. Aujourd’hui, les choses ont changé grâce au développement numérique. Il est facile d’accéder à des tutoriels ou à des articles spécialisés qui expliquent les techniques les plus pointues. Et je ne peux pas ignorer le rôle central joué par FRMSAFH. Cette dernière a déployé des efforts considérables pour promouvoir notre art, le développer et lui fournir un cadre organisé.

Quelles sont tes plus grandes victoires ?

Au début de ma carrière, le plus important pour moi était de gagner des compétitions et de maîtriser de nouveaux mouvements. Avec le temps, ma vision a changé. A présent ma vraie victoire est dans l’impact positif que le Breaking a sur les autres. Gagner, c’est voir un jeune quitter la drogue pour embrasser le sport ou observer un enfant timide gagner confiance en lui après avoir maîtrisé un mouvement. Ces victoires humaines sont les plus précieuses et les plus durables.

Comment veux-tu influencer les jeunes justement ?

Je veux les aider à renforcer leurs self-estimes, à développer leurs personnalités et à s’éloigner des habitudes négatives. Plus important encore, je veux qu’ils apprennent l’engagement et la persévérance via le Breaking. Qu’ils réalisent que le travail acharné est la seule voie pour atteindre leurs objectifs dans la vie, que ce soit sur la piste de danse ou en dehors.

A quoi aspires-tu ?

J’ai vécu une époque où les pratiquants du Breaking étaient marginalisés et mal vus, mais j’ai également assisté à l’évolution incroyable de ce sport. Mon ambition est de poursuivre sur cette voie et de contribuer à effacer les clichés qui persistent encore dans certains esprits. Je crois fermement en la capacité du Breaking à apporter un changement positif chez les jeunes. Enfin j’aspire à ce que tout le monde le voit comme je le vois : un art noble et un sport inspirant.

Quelles sont les autres activités artistiques et/ou sportives que tu pratiques ?

Je trouve dans le dessin un autre exutoire. Il me permet d’exprimer mes idées et mes sentiments d’une autre manière. La danse et le dessin sont des langages que je parle sans mots.