« N’oubliez jamais de vivre »
Médecin réputé, pionnier de nombreux combats sociétaux et figure respectée du monde de la santé, Chafik Chraibi incarne une réussite fondée sur l’engagement, l’ouverture aux autres et une profonde humanité. Rencontre avec un homme qui cultive l’art de vivre autant que l’art de soigner.
Au fil de sa carrière, Chafik Chraibi s’est imposé comme l’une des voix les plus influentes de la médecine marocaine. Derrière le praticien reconnu se dévoile pourtant un homme animé par une curiosité intacte, un goût sincère pour les rencontres et une capacité rare à conjuguer exigence professionnelle et plaisir de vivre. À l’heure où beaucoup redoutent le temps qui passe, il revendique au contraire une liberté conquise avec les années et un regard résolument tourné vers l’avenir.
C’est quoi le bien-être pour vous ?
Le bien-être, c’est avant tout une question d’équilibre. Prendre soin de son corps sans tomber dans l’obsession, profiter de la vie sans culpabiliser, travailler avec passion tout en sachant s’arrêter pour partager un moment précieux avec ceux que l’on aime. Pour moi, le bonheur se cache souvent dans les choses simples : une séance de sport, un dîner entre amis, une chanson au karaoké ou un fou rire qui surgit sans prévenir.
Quelle est votre routine sportive ?
Le sport fait partie de mon hygiène de vie depuis de nombreuses années.
Je fréquente régulièrement la salle de sport et j’essaie surtout de rester constant. Je ne cherche pas à battre des records, mais à préserver ma forme, ma santé et mon énergie. À mon âge, le sport n’est plus seulement une question d’apparence. C’est une façon de respecter son corps, d’entretenir son autonomie et de préserver sa liberté.
Et qu’est-ce qu’on trouve dans votre assiette en ce moment ?
Beaucoup de fraîcheur et de simplicité : des légumes, du poisson, des fruits et des produits de qualité. Mais je refuse les privations excessives. J’aime les plaisirs de la table, les repas entre amis et les moments de convivialité. Je crois davantage à l’équilibre et à la modération qu’aux régimes restrictifs.
Quels sont les principes de vie qui vous guident ?
La bienveillance, l’authenticité, la loyauté et le respect de chacun, quel que soit son parcours ou son histoire. Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup de personnes et appris une chose essentielle : le statut impressionne quelques minutes, mais la gentillesse laisse une empreinte durable.
Comment entretenez-vous votre mental ?
Je m’appuie sur des habitudes simples mais essentielles : le sport, les amis, la musique et beaucoup d’humour. La vie met chacun de nous à l’épreuve. J’ai simplement choisi de ne pas laisser les difficultés définir mon humeur ou ma façon d’être avec les autres. Le sourire est parfois une décision avant d’être une émotion.
Quelle est votre deuxième passion ?
La musique et les relations humaines. J’aime chanter au karaoké avec mes amis, danser, partager de bons moments et refaire le monde autour d’une table. Les plus beaux souvenirs se construisent rarement seul.
Que vous apprend cette période de votre vie sur vous-même ?
Qu’il est possible d’évoluer à tout âge. Je me sens aujourd’hui plus libre qu’à trente ans, plus serein qu’à quarante et probablement plus reconnaissant qu’à cinquante. L’âge apporte parfois quelques rides, mais il offre surtout de la perspective, de la sagesse et une plus grande liberté intérieure.
Quels sont vos projets pour les années à venir ?
Continuer à exercer mon métier avec passion, même à un rythme plus modéré depuis ma retraite. Prendre soin de ceux que j’aime, voyager davantage, découvrir de nouveaux horizons et continuer à créer. J’ai une passion particulière pour l’architecture et le design d’intérieur. Parmi les projets qui me tiennent le plus à cœur figure la création de maisons haut de gamme ainsi que la réalisation, un jour, d’une maison d’hôtes qui représenterait l’aboutissement d’un rêve ancien : réunir l’art de recevoir, l’esthétique, le partage et l’humain.
Je n’oublierai jamais non plus le combat qui a marqué une grande partie de ma vie : la défense du droit à l’avortement, une cause à laquelle je demeure profondément attaché. Aujourd’hui, je ne collectionne plus les années.
Je préfère collectionner les moments.
Quel message souhaitez-vous transmettre à la jeunesse ?
Prenez soin de votre santé avant qu’elle ne vous rappelle de le faire. J’ai vu des personnes qui m’étaient très chères brûler la vie par les deux bouts et en payer le prix plus tard. Tout est possible dans la vie, à condition de savoir garder le sens de la mesure. Travaillez avec ambition, mais n’oubliez jamais de vivre.
Construisez votre carrière, bien sûr, mais construisez aussi vos amitiés, vos passions, vos souvenirs et votre joie de vivre. Au fond, la réussite ne se mesure pas uniquement à ce que l’on accomplit. Elle se mesure aussi à la personne que l’on devient tout au long du chemin.