Le jour où j’ai voulu décrocher…

Il y a des moments dont on parle peu, parce qu’ils ne correspondent pas toujours au récit attendu. En ce mois consacré aux femmes, on s’attend souvent à entendre parler de plafond de verre, de sexisme ou d’inégalités. Pourtant, lorsque j’ai fondé la Fédération, ce n’est pas parce que j’étais une femme que certains doutaient de moi. Ce qui faisait grincer des dents à l’époque, c’était plutôt mon jeune âge !
Je n’ai jamais été confrontée à une remarque sexiste directe. Et ce détail a son importance. S’il reste essentiel de dénoncer les inégalités, il faut aussi reconnaître que le cadre légal et institutionnel au Maroc encourage aujourd’hui la présence des femmes dans tous les domaines, y compris le sport. Pourtant, un jour… j’ai failli décrocher !
C’était après la naissance de mon premier enfant. Pour une fois, l’équilibre que je pensais avoir trouvé entre engagement professionnel et vie personnelle s’est fissuré. Les nuits écourtées par la fièvre d’un bébé, les réveils difficiles, et malgré tout, l’obligation d’être présente, de prendre des décisions et d’être efficace à 100% ont presque eu raison de ma volonté. Dans ces moment-là, le doute s’installe, parce que tout semble reposer sur nos épaules d’épouses, de mères et de femmes actives.
La société s’attend à ce que nous réussissions professionnellement et demeurions les piliers de nos foyers. Finir une journée de travail et en commencer une autre à la maison, anticiper les rendez-vous, les imprévus (…). Ce jour-là, j’ai réellement envisagé de tout arrêter. Non pas par manque d’ambition, mais par fatigue et frustration. J’avais le sentiment d’être à la fois partout et jamais suffisante. Ma démission n’ayant pas été acceptée par l’Assemblée Générale, je me suis résolue à continuer.
Beaucoup n’ont pas eu cette possibilité et ont fini par laisser tomber, usées par l’hyper service féminin, ce boulet que nous trainons derrière nous depuis des millénaires !
Au regard des faits vécus et observés, je pense que la véritable évolution des femmes ne découle pas juste des lois ou des opportunités. Elle passe aussi par la manière dont les responsabilités devraient être partagées à la maison. Nous permettre d’aller au bout de nos rêves, ne consiste pas seulement à nous ouvrir les portes ; C’est aussi faire en sortes que nous n’ayons pas à endosser seules la charge mentale des devoirs familiaux.
