Laissez passer, laissez vivre !

Ce mois-ci le football est roi, difficile de le nier à moins de porter des œillères. La Coupe du monde a commencé. Comme tout grand rendez-vous sportif, elle fait naître des attentes immenses. Pourtant, une autre réalité s’invite au jeu : les visas américains refusés à beaucoup de gens, les conditions d’octroi quasiment impossibles à réunir par les fans, des procédures abusées et un arbitre somalien refoulé contre toute attente ! Les situations observées relancent le débat sur la place que nous accordons à l’universalité du sport ; lorsque des considérations administratives, diplomatiques ou géopolitiques viennent entraver la mobilité des gens
Ce constat résonne également au sein de notre fédération. Au fil des ans, des athlètes à nous se sont eux aussi vu refuser des visas alors que leurs dossiers répondaient aux exigences requises. Je comprends que chaque État dispose de sa souveraineté et de ses règles. Mais quand fans, sportifs ou officiels se retrouvent empêchés d’assister à un événement, il est normal de s’interroger. Que gagne-t-on à empêcher un supporter de vivre son rêve ? Que gagne-t-on à priver un athlète d’une chance qui ne se représentera peut-être jamais ? Que gagne-t-on à écarter un arbitre ou un technicien dont la présence repose uniquement sur ses compétences et son professionnalisme ?
Le sport est censé être l’un des derniers espaces où les frontières s’effacent au profit de l’effort et du mérite. Faciliter ces rencontres humaines n’est pas un détail. C’est un choix. Le choix de privilégier l’ouverture à la méfiance et le partage à l’exclusion. En guerrière de la liberté, je me rangerai toujours du côté de cet élan qui permet aux femmes et aux hommes de concourir ensemble. L’élan qui considère qu’un talent mérite d’être vu avant la couleur d’un passeport. Nos disciplines ne devraient jamais devenir otages de considérations qui leur sont en principe étrangères. Alors pour la énième fois, laissez passer, laissez vivre ! Laissez au sport son âme intacte et intègre…
