« Le mental que j’ai acquis dans les battles m’a beaucoup servi »
Danseur, champion de kickboxing et fondateur de Fantastik Armada, Karim Ghajji mêle depuis 20 ans Breaking et arts martiaux pour transmettre une discipline où le corps devient une école de vie.
Sur scène ou sur un ring, son intensité est la même. Chorégraphe et combattant, danseur et champion du monde, Karim Ghajji est un paradoxe en mouvement. À 44 ans, ce Franco-Marocain basé à Meaux cumule les titres et les casquettes. Depuis plus de vingt ans, il trace un sillon singulier, mêlant culture Hip-Hop et arts martiaux, scène et cage, passion et transmission.
Tout commence en 1997, par une révélation télévisuelle : « J’ai découvert le Breaking en regardant un clip de rap où apparaissaient les danseurs du mythique groupe Actuel Force. Leur style, leur présence, leur maîtrise m’ont profondément marqué ». À l’époque, Karim tente de reproduire chaque mouvement. Il s’entraîne, persévère, progresse. La rue devient studio et le corps son seul outil. Très vite, il se fait un nom dans le milieu. Capitaine de l’équipe de France de Breaking, vainqueur du Battle of the Year France 2003 avec Fantastik Armada, Vice-champion du monde en Allemagne (…). Il coorganise aussi depuis quinze ans le Battle de Meaux, devenu un événement incontournable. « Je veux faire rayonner la discipline encore plus fort, attirer des talents du monde entier, et créer des passerelles vers le haut niveau ».
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En parallèle du Breaking, Karim entre dans l’arène du pied-poing, puis du MMA. Là encore, il explose les compteurs : seize fois champion du monde dans les fédérations ISKA, WAKO et Bellator. Une performance rare, surtout pour un artiste du mouvement. Pourtant, pour lui, tout est lié : « Le Breaking m’a préparé physiquement : coordination, souplesse, explosivité, gestion du corps. Quand je suis arrivé dans les arts martiaux, j’avais déjà une base solide ». Il y ajoute le sens du combat et la rigueur des disciplines martiales. « Le mental que j’ai acquis dans les battles m’a beaucoup servi dans la cage et sur le ring ».
Aujourd’hui, Karim consacre l’essentiel de son énergie à transmettre ce double héritage. Dans sa structure, Fantastik Armada, il forme des jeunes à la danse comme au combat, avec la même exigence. « Je crois que le Break peut transformer des vies, comme il a transformé la mienne ». Une école où l’on apprend à se dépasser, à tomber et à se relever.
Il ne rêve pas de retraite, mais de relais. Son objectif ? Transmettre un mindset et une identité sportive. « Je compte bien continuer à former une génération qui maîtrise autant le flow que la force mentale ». Karim Ghajji ne danse pas pour impressionner, il combat pour inspirer. Chez lui, chaque mouvement a du sens, chaque victoire s’ancre dans une mémoire collective. Son parcours le prouve : on peut faire cohabiter grâce et puissance, et transformer une passion en levier d’émancipation.